Critiques d’ « angles d’attaque « 

Critique DvdRama ! ! !

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Le film choral est une forme cinématographique qui en soi à une fâcheuse tendance à être, dans son concept, casse-gueule. Soit parfaitement maîtrisé, chaque personnage étant un élément thématique fort apportant à l’intrigue ( Pulp Fiction par exemple ) ou gentiment foiré comme lorsque l’ensemble du casting compose plus un groupe de seconds rôles que de véritables points d’encrages. Par chance, Pete Travis, le réalisateur d’Angles d’attaque, a réfléchi un minimum à tout ce qu’impliquait une multitude de protagonistes et offre, grâce à une forme narrative complexe, une osmose totale entre les personnages qui n’auront de cesse de se dévoiler, se révélant toujours un petit peu plus même si l’empathie qui les lie aux spectateurs doit être ébranlée. En déjouant certains pièges et en offrant un groupe de protagonistes riche, il retombe malheureusement dans certains clichés qui laisseront ce Vantage Point à l’état de film-concept un peu comme le Memento de Nolan, certes réussi et fort agréable, prouvant sans cesse la maîtrise de son réalisateur, mais qui ne pose pas le film comme une oeuvre à redécouvrir sans cesse : le genre de film que l’on voit une fois, l’intérêt ne reposant que sur l’éclaircissement, sans pour autant le considérer comme twist à proprement parler.

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C’est donc dans une forme narrative construite volontairement décousue que Vantage Point prend tout son sens et marque les esprits. Le pitch, à la base, peut laisser présager le pire tant ses ficelles furent maintes et maintes fois reprises : un chef d’Etat se fait assassiner par un agresseur inconnu, qu’un terrible attentat rendra totalement impossible à appréhender. Les quelques survivants, de l’ancien garde du corps à la retraite à la journaliste antipathique vont tenter de mener l’enquête en temps réel pour que justice soit rendue. Une sorte d’épisode de 24 pour le grand écran en fait. Mais là où le réalisateur et son scénariste font fort c’est en éparpillant totalement l’intrigue, en la réduisant à une dimension humaine et non plus cinégénique, rendant chaque instant, chaque personnage comme un point de vue important, une pièce de plus dans ce puzzle. Il n’est donc absolument pas anodin que l’intrigue « clichée » nous soit totalement dévoilée dans les vingt premières minutes au travers d’écrans de contrôle : Sigourney Weaver, incarnant la réalisatrice d’une chaîne d’information, gère l’assemblage des plans filmés par ses journalistes sur le terrain : rien ne s’est encore passé et nous nous retrouvons spectateurs d’un évènement diplomatique important que viendront bientôt troubler cet assassinat et l’action terroriste. Témoins malgré nous d’un spectacle qui nous dépasse, tout comme il dépasse la réalisatrice, qui soudain perd tout contrôle sur une réalité qu’elle maîtrisait jusqu’alors, gérant le temps et l’espace par l’intermédiaire de ses pantins sur le terrain et de sa table de montage. Cette mise en abîme, qui n’est pas sans rappeler les thématiques DePalmiennes, sera pourtant le point de départ du film de Travis : la vérité, telle qu’on nous la montre tous les jours dans les média, n’est qu’une vue générale et n’est finalement absolument pas objective. Et seul le traitement au cas par cas permettrait de pouvoir se faire une idée de la véracité des faits.

Aussi, suite à cette introduction faite au travers des combos de la journaliste, les images se remontent d’elles-mêmes vingt minutes avant le point crucial, ce déferlement de terreur, autour duquel gravitent des personnages plus ou moins impliqués dans la résolution de l’enquête, l’ensemble d’Angles d’attaque fonctionnant sur cette formule consistant à revenir sur les vingt minutes avant le drame et les dix après. Et là où on se dit que l’on va vite finir par tourner en rond, le scénario nous montre le contraire, puisqu’à chaque point de vue, un regard différent est offert, créant un réel souci de jugement pour le spectateur qui ne sait plus trop sur qui il peut vraiment fonder sa confiance. Et c’est en ce sens que Vantage Point perd un peu de sa superbe : le film ne trouvant pas le temps de s’attarder longuement sur chaque personnage, sur chaque passé et chaque psychologie ( comme l’avait fait Estevez avec son magnifique Bobby ), on tombe vite dans des caricatures, que seuls les bons acteurs sauveront, Travis préférant se consacrer à la résolution pure et dure de l’enquête. Difficile donc de supporter les contrastes entre les qualités de jeu de Dennis Quaid et de Forest Whitaker ( toujours aussi parfaits malgré le caractère « bidon » de leurs rôles, respectivement un garde du corps coriace et un touriste sympa sauvant les petites filles ! ) quand le petit jeune Matthew Fox cabotine un max et que le français Saïd Tagmaoui ( méchant « officiel » du film ! ) n’a pas le temps de développer les réels motivations de son personnage plus que complexe. Tandis que la manipulation par rapport à l’intrigue fonctionne, le spectateur allant de surprise en surprise quant aux évènements, la position psychologique trop statique des personnages fait froid dans le dos par sa vision américaine de base : il y a les gentils et les méchants ! Et même le twist grotesque quant à la réelle nature d’un des intervenants, contredisant ces dernières lignes, tombe à plat tant sa démagogie est grotesque, l’Amérique se présentant maintenant comme un pays ouvert sur le monde et sur la paix ( le meeting diplomatique est un accord pacifiste entre les USA et certains pays du Moyen-0rient ) qui accepterait paradoxalement le caractère trouble de certains de ses membres. D’autant plus troublant quand Pete Travis insiste sur la vision non politique de son film… C’est peut-être pour désacraliser sa schizophrénie ambiante que Vantage Point se termine non pas sur une résolution incroyable mais sur vingt minutes d’action bourrine faisant définitivement tomber le film dans le divertissement efficace plutôt que dans un réel pamphlet sur les médias et leur manipulation : en cela, Angles d’attaque accomplit parfaitement son oeuvre, à la sortie aucune question ne persistant dans le crâne du spectateur, convaincu d’avoir enfin connu la vérité sans aucune envie d’avoir à fonder son propre jugement…

Florent Kretz

 


2 commentaires

  1. Syou Plé dit :

    Bonjour,

    J’ai cru tout au long de la lecture que c’était toi qui avait écrit tout ceci. Mais non… une pointe de déception, je t’en croyais bien capable, d’analyser un film de cette façon.

    On est fan de film ou on ne l’est pas. ;)

    En tout cas, – c’est un peu long à lire diront certain – mais c’est très intéressant et ça donne bien envie de le voir pour nous faire notre propre opinion.

    Si j’ai l’occasion crois-moi que je le regarderai.

    A bientôt !

  2. Mathilde dit :

    J’irai voir ce film rien que pour Matthew Fox!!!

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