L’encyclopédie du savoir Relatif et Absolu … par Bernard Werber ! ! !

L’ouverture par les lieux :

Le système social actuel est défaillant : il ne permet pas aux jeunes talents d’émerger ou bien il ne les autorise pas à émerger qu’après les avoir fait passer par toutes sortes de tamis aui, au fur et à mesure, leur enlève toute saveur. Il faudrait mettre sur pied un réseau de  » lieux ouverts  » où chacun pourrait sans diplômes et sans recommandations particulières présenter librement ses oeuvres au public.

Seuls impératifs : s’inscrire au moins une heure avant de début du spectacle ( pas la peine de présenter ses papiers, il suffirait d’indiquer son nom ) et ne pas dépasser six minutes.

Avec un tel système, le public risque de subir quelques désagréments, mais les mauvais numéros serainet hués et les bons seraient retenus. Pour que ce type de théâtre soit viable économiquement, les spectateurs y acheteraient leur place au prix normal. Ils y  consenteraient volontiers car d’une grande diversités. Pour soutenir l’intérêt et éviter que les deux ne soient les cas échéants qu’un défilé de débutants malhabiles, des professionnels confirmés viendraient à intervalles réguliers pour soutenir les postulants. Ils se serviraient de ce théâtre ouvert comme d’un tremplin, quitte à annoncer : » si vous voulez voir la suite de la pièce, venez tel jour en tel lieu « . Ce type de lieu ouvert pourrait ensuite se décliner ainsi :

- cinéma ouvert : avec courts métrages de dix minutes proposés par des cinéastes en herbe

- salle de concerts ouverte : pour apprentis musiciens

- galerie ouverte : avec libre disposition de deux mètres carrés chacun pour sculpteurs et peintre encore inconnus.

Ce système de libre présentation s’éttendrait aux architectes, aux écrivains, aux publicistes… Il court-circuiterait les lourdeurs administratives. Les professionnels disposeraient ainsi de lieux où recruter de nouveaux talents, sans passer par les agences traditionnelles qui font perpétuellement office de sas. Enfants, jeunes, vieux, beaux, laids, pauvres, riches, nationaux ou étrangers tous disposeraient alors des mêmes chances et seraient jugés que par des critères suivants : la qualité et l’originalité de leur travail.

 

Papillon :

A l’issue de la Seconde Guerre mondiale, le Dr Elizabeth Kubbler Ross fut appelée à soigner des enfants juifs rescapés des camps de concentration nazis. Quand elle pénétra dans le baraquement où ils gisaient encore, elle remarqua que sur le bois des lits était gravé un dessin récurrent qu’elle retrouva par la suite dans d’autres camps où avaient souffert ses enfants.  Ce dessin ne présentait qu’un seul motif simple : un papillon.

La doctoresse pensa d’abord à une sorte de fraternité qui se serait manifestée ainsi entre enfants battus et affamés. Elle crut qu’ils avaient trouvé avec la papillon leur façon d’exprimer leur appartenance à un groupe comme autrefois les premiers chrétiens avec le symbole du poisson.

Elle demanda à plusieurs enfants ce qui signifiaient ce papillon et ils refusèrent de lui répondre. Un gamin de sept ans finit pourtant par lui en revéler le sens :  » Ces papillons sont comme nous. Nous savons tous au fond de nous que ce corps qui souffre n’est qu’un corps intermédiaire. Nous sommes des chenilles et un jour notre âme s’envolera en dehors de toute cette saleté et cette douleur. En les dessinant nous nous le rappelons mutuellement. Et nous nous envolerons bientôt « 

 

Le dilemme du prisonnier :

En 1950, Melvin Dresher et Merril Flood découvrent le dilemme du prisonnier. Voici son énoncé : deux suspects sont arrêtés devant une banque et enfermés dans des cellules séparées. Pour les inciter à avouer leur projet de Hold-up, la police leur fait une proposition : si aucun des deux ne parle, ils seront condamnés à deux ans de prison chacun. Si l’un dénonce l’autre et que l’autre ne dit rien, le délateur est libéré, celui qui se tait condamné à cinq ans de prison. Si chacun des deux dénonce son partenaire, les deux écoperont de quatre ans de prison. Chacun sait que l’autre c’est vu offrir le même marché.

Que se passe-t-il ? Tous deux pensent :  » je suis sûr que l’autre va craquer. Il va me dénoncer et je vais en prendre pour cinq ans alors que lui sera libre, c’est vraiment trop injuste « . Une même idée leur vient donc à l’esprit :  » Mais si moi je le dénonce, je serais sans doute libéré et il ne sert à rien que nous soyons châtiés tous les deux alors que l’un de nous peut s’en tirer « . De fait , confrontés à cette situation, la grande majorité des sujets testés dénoncent bien vite l’autre. Etant donné que leur comparse a résonné de son côté de la même manière, tous les deux se retrouvent alors avec quatre ans d’incarcération sur le dos.

Pourtant, s’ils avaient mieux réfléchi, ils auraient tous les deux conservé le silence et purgés seulement deux ans de prison.

Plus étrange encore : si l’on tente de nouveau l’expérience en autorisant les deux suspect à discuter librement ensemble ? on arrive au même résultat. Les deux hommes, mêmes après avoir mis au point une stratégie commune, finissent par se trahir mutuellement. Tout le problème provient du fait que les humains sont incapables de se faire  entièrement confiance les uns les autres.