L’encyclopédie du savoir Relatif et Absolu … par Bernard Werber ! ! !

Deuxième série de deux ^^ ! ! !

 Pouvoir de la pensée :

La pensée humaine peut tout.

Dans les années cinquante, un porte-conteneurs anglais, transportant des bouteilles de vin de Madère en provenance du Portugal, vient débarquer sa cargaison dans un port écossais. Un marin s’introduit dans la chambre froide pour vérifier que tout a vien été livré. Ignorant sa présence, un autre marin referme la porte de l’extérieur. Le prisonnier frappe de toutes ses forces contre les cloisons mais personne ne l’entend et le navire repart pour le Portugal.

L’homme découvre suffisamment de nourriture mais il sait qu’il ne pourra survivre longtemps dans ce lieu frigorifique. Il trouve pourtant l’énergie de saisir un morceau de métal et de graver sur les parois, heure par heure, jour après jour, le récit de son calvaire. Avec une précision scientifique, il raconte son agonie. COmment le froid l’engourdit, gelant son nez, ses doigts et ses orteils. Il décrit comment la morsure de l’air se fait brûlure intolérable.

Lorsque le bateau jette l’ancre a Lisbonne, le capitaine qui ouvre le conteneur découvre le marin mort. On lit son histoire gravée sur les murs. LE plus stupéfiant n’est pas là. Le capitaine relève la température à l’intérieur du conteneur. Le thermomètre indique 19° C. Puisque le lieu ne contenait plus de marchandises, le système de réfrigération n’avait pas été activé durant le trajet de retour. L’homme était mort uniquement parce qu’il  » croyait  » avoir froid. Il avait été victime de se seule imagination.

 

Zombies :

Le cycle de la grande douve du foie constitue certainement l’un des plus grands mystères de la nature . Cet animal mériterait un roman. Comme son nom l’indique, il s’agit d’un parasite qui prospère dans le foie, en l’occurence des moutons. La douve se nourrit de sang et des cellules hépatiques, grandit puis pond ses oeufs. Mais les oeufs de douve ne peuvent pas éclore dans le foie du mouton. Tout un périple les attend.

Les oeufs quittent le corps du mouton avec ses excréments.Après une période de mûrissement, les oeufs éclosent et laissent sortir une minuscule larve. Laquelle sera consommée par un nouvel hôte, l’escargot. Dans le corps de l’escargot, la larve de douve se multipliera avant d’être éjectée dans les mucosités que crache le gastéropode en période de pluie. Mais elle n’a encore accompli que la moitié du chemin.

Ces mucosités, sortes de grappes de perles blanches, attirent les fourmis, et les douves pénètrent grâce à ce cheval de Troie à l’intérieur de l’organisme insecte. Elles ne demeurent pas longtemps dans le jabot social des myrmécéennes. Elles en sortent en le perçant de milliers de trous, le transformant en passoire qu’elles referment avec une colle qui durcit et permet à la fourmi de survivre à l’incident. Il ne faut surtout pas tuer la fourmi, indispensable pour refaire la jonction avec le mouton. Car, à présent, les larves sont devenues des douves adultes qui doivent retourner dans le foie d’un mouton pour compléter leur cycle de croissance.

Mais que faire pour qu’un mouton dévore une fourmi, lui qui n’est pas insectivore ? Des générations de douves ont dû se poser la question. Le problème était d’autant plus compliqué à résoudre que c’est aux heures fraîches que les moutons broutent le haut des herbes et que les fourmis quittent leur nid aux heures chaudes pour circuler au pied de ces herbes. Comment les réunir au même endroit et aux mêmes heures ?

Les douves ont trouvé la solution en s’éparpillant dans le corps de la fourmi. Une dizaine s’installent dans le thorax, une dixaine dans les pattes, une dixaine dans l’abdomen et une seule dans le cerveau. Dès l’instant où cette unique larve de douve s’implante dans son cerveau, le comportement de la fourmi se modifie. La douve, petit ver primitif proche de la paramécie et donc des êtres unicellulaires les plus frustres, pilote dorénavant la fourmi si complexe. Résultat : le soir, alors que toutes les ouvrières dorment, les fourmis contaminées par les douves quittent leur cité. Elles avancenten somnambules et montent s’accrocher aux cimes des herbes. Et pas de n’importe quelles herbes, celles que préfèrent les moutons : luzerne et bourse-à-pasteur. Tétanisées, les fourmis attendent là d’être broutées.

Tel est le travail de la douve du cerveau : faire sortir tous les soirs son hôte jusqu’à ce qu’il soit consommé par un mouton. Car au matin, dès que la chaleur revient, si elle n’a pas été gobée par un ovin, la fourmi retrouve la contrôle de son cerveau et de son libre arbitre. Elle se demande ce qu’elle fait là, en haut d’une herbe. Elle en redescend vite pour regagner son nid et vaquer à ses tâches habituelles. Jusqu’au soir suivant où, comme le zombie qu’elle est devenue, elle ressortira avec toutes ses compagnes infectées par les douves pour attendre d’être brouttée. Ce cycle pose aux biologistes de multiples problèmes. Première question : comment la douve blottie dans le cerveau peut-elle voir au-dehors et ordonner à la fourmi d’aller vers telle ou telle herbe ? Deuxième question : la douve qui dirige le cerveau de la fourmi mourra au moment de l’ingestion par le mouton. Comment se fait-il qu’elle et elle seule se sacrifie ? Tout se passe comme si les douves avaient accepté que l’une d’elles, et la meilleure, meure pour que toutes les autres atteignent leur but et terminent le cycle.